Pierre Gattaz : "Comment on revient au plein emploi est la seule question importante"


Rédigé par - Angers, le 06/04/2016 - 20:10 / modifié le 11/04/2016 - 08:37


Venu à Angers à l’invitation du Medef 49, et de son président, Bertrand Schaupp, le patron des patrons, Pierre Gattaz, a effectué la visite de la très à la mode Cité de l’Objet connecté, à Saint-Sylvain-d’Anjou. Louant la modernité et l’attractivité du lieu, il a surtout délivré un message entendu, et sans surprise, de libéralisme économique et d’amour aux entrepreneurs de tous crins. Extraits issus d'une conférence de presse "publique". Là aussi, un concept.



Pierre Gattaz, le patron du Medef, était mercredi à Angers pour visiter, notamment, la Cité de l'Objet connecté et découvrir le fameux renard d'Angers French Tech.
Pierre Gattaz, le patron du Medef, était mercredi à Angers pour visiter, notamment, la Cité de l'Objet connecté et découvrir le fameux renard d'Angers French Tech.
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L'actualité chaude du point de vue social, c'est la Loi Travail. Comment réagissez-vous aux résistances qui se font jours ces dernières semaines autour du texte, notamment parmi les jeunes ?

"Je m'occupe beaucoup des jeunes de quartiers et je le vois : les jeunes ont soif d'entrepreneuriat, de liberté, d'entreprises, ce à quoi le Medef les forme. Il faut leur dire que la pire des précarités, c'est le chômage. La pire des injustices, c'est le chômage ! C'est 25 % chez les jeunes et 50 % dans certains quartiers. Tout ça parce que ce marché du travail est bloqué, il est verrouillé depuis des années. C'est un château-fort avec des murs de 6 mètres d'épaisseur où personne ne peut entrer."
 
Comment considérez-vous la loi portée par la ministre, Myriam El Khomri ?

"Cette loi, dans sa version 1, permettait de faire comme les Italiens ou les Espagnols : des réformes structurelles profondes de leur marché du travail, libérant des verrous ; ce qui a permis, en Italie, de créer 400 000 emplois en un an, 600 000 en Espagne. Ce qui permet aussi à nos salariés et nos cadres de se dire : "Je n'aime plus mon patron, mon entreprise, je peux partir !". Quand vous avez 3% de chômage comme en Suisse, dans les Flandres ou à Londres, les gens qui sont malheureux dans leur boîte en partent, et ils trouvent du boulot tout de suite. Et je pense que c'est cela qu'il faut faire, une loi qui permet de redonner la liberté aux gens. Alors qu'aujourd'hui, les patrons ont très peur d'embaucher pour ces raisons de complexité, de coût et de prud'hommes.
"Si vous continuez dans la dichotomie politique gauche/droite -le social est à gauche, l'économie est à droite- on est foutus" 

Le texte initial a été amendé et la version présentée en Conseil des ministres, le 24 mars dernier, ne vous convient plus. Pour quelles raisons ?

"La version 1 allait dans le bon sens pour apporter un déclic de créations d'emplois dans le temps. Cette version 2 a un problème : elle a complètement oublié les TPE et les PME. Ils ont déplafonné les indemnités prudhomales d'une part, et interdit les TPE/PME de s'organiser directement avec leurs salariés d'autre part, en passant par des mandats syndicaux. La plupart des entreprises françaises sont des TPE/PME, 95 % n'ont pas de syndicats et peuvent directement régler leurs problèmes avec leur salariés. Quand vous êtes une TPE/PME, vous tutoyez les gens, vous les retrouvez sur le marché le week-end, c'est familial. Il n'y a pas besoin de rajouter de la complexité et de moments syndicaux pour discuter de passage en forfaits jours."

N'y a-t-il pas cependant un équilibre à trouver entre un tout libéral et une certaine justice sociale ?

"Si vous continuez dans la dichotomie politique gauche/droite -le social est à gauche, l'économie est à droite- on est foutus. Le monde, maintenant, ce sont ceux qui veulent bouger -ce qui est incarné ici, à la Cité de l'objet connecté- de gauche comme de droite, et ceux qui nous tirent vers le XIXe siècle, des idéologues, des conservateurs. Soit nos députés sont dans le mouvement, dans cette France qui bouge, dans le numérique qui arrive, et comprennent qu'il faut déverrouiller le marché du travail pour créer de l'emploi, soit ils restent dans des postures politiques. Au moment où je vous parle, je reste extrêmement inquiet, parce que je ne sais pas si nos députés de droite et de gauche auront le courage de dire : "On a une responsabilité historique de récréer de l'emploi".

Et vous pensez que la version 1 de la loi répondait à cet objectif ?
 
"Créer de l'emploi, c'est une multimédication. On ne crée pas de l'emploi en claquant des doigts. Une entreprise, c'est une graine que vous plantez dans un terreau ; s'il est fertile et que le climat est bon, la graine se transforme en arbre et donne des fruits, qui sont l'emploi. Si vous insultez la graine toute la journée, il n'y a aucune chance, avec des ronces et des pierres qui sont les impôts, que ça marche. Le monde qui est le nôtre, c'est l'économie de marché, le capitalisme : il n'y pas d'autres systèmes qui ont fonctionné, même s'il faut éviter les excès. Si on arrive en France à dépolitiser l'entreprise, comprendre que c'est le lieu où l'on crée de la richesse, ce sera gagné. L'enjeu de la loi El Khomri, c'est celui-ci : l'entreprise, c'est comme la Défense nationale, c'est quelque chose qui est au-dessus des partis." 
"Ceux qui pensent que l'entreprise est un lieu de lutte des classes et d'exploitation sont des destructeurs d'économie et des destructeurs de la France"

Comment répondre à cet enjeu, quand on voit les résistances que suscitent la modification du Code du Travail ?

"Ça passe par des défis partagés avec les 65 millions de Français : le monde est équipé, le futur est à inventer, et les objets connectés d'Angers incarnent parfaitement cette mobilité, cette prise de risques, cette innovation. Les entreprises, ce ne sont que des salariés, et l'employeur ne peut vivre que si les employés sont heureux, motivés et épanouis. Il faut expliquer tout ça à nos jeunes, ce qui n'est pas fait dans l'Education nationale. Il faut expliquer l'entrepreneuriat à partir du collège, expliquer les métiers de demain, comment on gère un commerce à partir de la 6e ou de la 5e -les recettes qui doivent être plus importantes que les dépenses- c'est ça la vie, la vraie vie : ça n'est pas d'apprendre Adam Smith, Keynes ou Pareto, dont personne n'utilise quoi que ce soit.
Ça nécessite un programme politique important, et j'espère que les candidats à la présidence de la République vont entendre ça et répondre à une question majeure : comment on passe au plein emploi en France, c'est à dire 5 % de chômage. C'est la question unique à laquelle il faut répondre, avec celle de la sécurité."

Et que préconise le Medef pour y parvenir ?
 
"Les thèses du Medef ne sont pas originales, elles sont même d'une banalité crasse quand j'en parle dans le monde entier. Mais ce sont les thèses de tous les pays qui ont réussi au monde : Canada, Chine, Allemagne, Singapour, Hong-Kong... Eux ont compris que l'entreprise était, après la famille, la communauté humaine la plus importante pour un pays. Ceux qui pensent que l'entreprise est un lieu de lutte des classes et d'exploitation sont des destructeurs d'économie et des destructeurs de la France."

Cette interview a été recomposée à partir de la conférence de presse organisée dans le cadre du déplacement de Pierre Gattaz à la Cité de l'Objet connecté.

Son regard sur la Cité de l'Objet connecté... 
"Promouvoir les métiers du numérique, de l'industrie, de l'électronique, c'est génial, parce que la France a été un pays industriel, elle l'est de moins en moins, mais il y a cette révolution numérique sur laquelle il faut surfer. Au-delà de ça, il faut faire connaître à tout un chacun, l'industrie, les métiers de demain, l'entrepreneuriat. C'est remarquable de faire ça en territoire. Angers a beaucoup d'atouts et d'actifs, elle a été une terre très électronique à une époque, et je trouve idéal de se propulser ainsi dans le XXIe siècle."

... Et sur l'affaire des Panama Papers
"Tout ce qui est fraude fiscale, tricherie, est condamnable. Par contre, il faut optimiser fiscalement, c'est de la bonne gestion ! Attention de ne pas confondre la fraude fiscale et l'optimisation fiscale."




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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