Premiers Plans : premiers regards sur la compétition


Rédigé par Ateliers d'écriture Premiers Plans - Angers, le Lundi 25 Janvier 2016 à 10:22


Pendant toute la durée du festival, Angers Mag relaie les articles publiés sur la plateforme des blogueurs cinéma. Ces ateliers animés successivement par Morgan Pokée et Gwenn Froger, permettent aux 15-30 ans d’aiguiser leur regard critique et d’affiner leur style. Associés à ce collectif, les élèves de seconde du Lycée Renoir, encadrés par leur enseignante, Anne Loiseau, y publient également leurs articles. Zoom sur la compétition.



"Keeper" de Guillaume Senez concourt dans la catégorie Longs métrages européens du festival Premiers Plans.
"Keeper" de Guillaume Senez concourt dans la catégorie Longs métrages européens du festival Premiers Plans.
la rédaction vous conseille
L'amour et la raison
Keeper (Guillaume Senez, 2015) - Catégorie Longs métrages européens
 
Dans un monde où les couples se forment et se déforment à tout va, Guillaume Senez, le jeune réalisateur de Keeper aborde la question de la pérennité du couple dans le temps. Afin de traiter du sujet dans son ensemble il met en scène deux adolescents, Maxime et Mélanie qui sont sur le point d'avoir un bébé. En plus des difficultés qui s'annoncent à l'arrivée d'un nouveau-né, la situation familiale de ces deux jeunes gens est très compliquée : la très jeune mère de Mélanie élève seule sa fille et les parents de Maxime sont divorcés. Une situation qui va permettre au réalisateur belge de pousser les personnages dans leurs retranchements jusqu'à leur faire perdre l'amour et la raison.
 
La question de la reproduction du schéma parental est donc le sujet qui anime le cœur du débat pour garder (ou non) le bébé. D'un côté, la mère de Mélanie voit son reflet d'il y a 15 ans. Elle est présentée au premier abord comme hystérique et dépourvue de bon sens. De l'autre côté, on retrouve la mère de Maxime qui voit en son fils un futur père de famille aimant et attentionné. Guillaume Senez la décrit comme une mère de famille douce et réconfortante qui prendra soin, comme elle l'a toujours fait, de son fils et futur petit-fils. Le réalisateur questionne alors le spectateur en l'invitant à se placer d'un côté ou de l'autre. La mère hystérique n'est-elle pas la plus raisonnée au final ? La mère réconfortante protège-t-elle trop son fils, le préservant trop de la dure réalité de la vie ?
 
De ce fait, le réalisateur aborde la notion de la responsabilité. Non pas la responsabilité juridique ou morale, mais la responsabilité pragmatique. Senez essaye de nous faire douter et nous force à revoir nos idées préconçues au sujet de la jeune parentalité en nous plaçant tantôt dans la peau du jeune couple, tantôt dans la peau des parents. L'amour triomphant au début d'une relation de couple peut souvent se perdre avec le temps et les difficultés à surmonter. C'est la raison (ou la folie) qui, avec l'âge, vient jeter un grain de sable dans les perspectives de vie toutes tracées que l'on se fait aux prémices du couple.
 
La mise en scène naturaliste est simple (sans effet inutile, sans ajout de lumière artificielle, filmé à la hauteur des personnages et en plan-séquence le plus souvent possible). Elle nous aide (que l'on soit parent ou enfant) à nous pencher sur le comportement que l'on adopterait face à une telle situation. Malgré cette simplicité apparente, notons tout de même la belle idée d'afficher sous forme de notification à l'écran les SMS échangés entre les deux jeunes personnages. Un concept malheureusement pas assez poussé et c'est dommage car lorsqu'il est utilisé avec intelligence, cela apporte une forme de lucidité et une dimension nouvelle qui ajoute de la fraîcheur.
 
Keeper est donc un film qui, de part les points de vue qu'il fait se confronter questionnera un grand nombre de spectateurs, qu'il soit adolescent ou parent.
Pierre Esnault

Premiers Plans : premiers regards sur la compétition
Le grand pardon
Däwit (David Jensen, 2015) - Catégorie Courts métrages européens
 
Le pardon est-il le propre de l'Homme ? C'est la question que posent David Jansen et Sophie Biesenbach, les scénaristes de Däwit. En faisant traverser à leur personnage principal le rite initiatique d'une vie, ils s'interrogent aussi sur la recherche d'identité.
 
On découvre dans ce court métrage d'animation, un enfant recueilli par les loups après que sa mère l'ai confié aux flots sous les frasques violentes du père. Devenu enfant-loup au détour d'un échouage, il est ensuite capturé puis relâché dans la société des Hommes. Démuni et sans repères dans cette nouvelle société, il adopte alors instinctivement le vice de son père : l'alcoolisme. C'est un combat contre la mort qu'engage alors Däwit avec l'aide d'un ange.
 
La technique pour animer le film répond parfaitement à la violence qui accable Däwit. Les traits noirs et blancs viennent dessiner les traits des personnages et du décor à la manière de charbon de bois écrasé sur une feuille de papier. Dénommée « woodcut technique » en anglais, cette forme d'art donne une ambiance âpre à l'animation. On a l'impression d'une lutte entre l'artiste et le crayon sur la feuille ce qui s'accorde parfaitement avec la lutte que subit Däwit afin de rester en vie. Le fond et la forme se rejoignent pour ne faire plus qu'un.
 
Dans ce combat, il apprendra à devenir celui qu'il a toujours été. En comprenant sa réelle nature, il retrouvera ainsi instinctivement des bribes de mémoires enfouies. Et notamment des détails de sa vie passée avec ses parents. Un jour, il y retournera. Mais parviendra t-il à pardonner à celui qui l'a renié ?
Pierre Esnault

Premiers Plans : premiers regards sur la compétition
Clichés
1992 (Anthony Doncque, 2015) - Catégorie Courts métrages français
 
1992 : les salopettes en jean, les bananes autour de la taille, les tapisseries à motif nature morte, les Peugeot 104 ou encore les caméra Hi8. La reconstitution des années 1990 dans le court métrage 1992 d'Anthony Doncque est relativement réussie. Dans ce contexte, le réalisateur aborde le sujet de la recherche de l'identité sexuelle mais s'enlise profondément dans la surabondance de clichés. De manière plus ou moins autobiographique, il met en scène un jeune adolescent, Martin qui s'émeut de Dominique, pion du lycée. Tentant maladroitement de le séduire à coup de rémunération, Dominique finit étonnamment par succomber aux charmes du garçon. C'est ensuite la parade de tous les stéréotypes de drague. Martin emprunte le roman Les Nuits fauves à la bibliothèque du lycée où Dominique travaille ; le pion prétexte un entretien avec le proviseur pour faire sortir l'adolescent de la salle de classe et ainsi tirer parti de cette situation pour l'étreindre dans les couloirs du lycée.

Le réalisateur français utilise aussi ses propres images d'archives vidéo sur caméra Hi8 et en profite pour tourner de nouvelles images qu'il utilisera dans les moments clés de son film : l'introduction, le climax et la conclusion. Cette mise en scène reste anecdotique et le traitement réservé à la mise en scène sur le reste du film nous apparaît donc comme anachronique. N'aurait-il pas été plus judicieux ou plus intéressant de n'utiliser que des images d'archives pour raconter son histoire ? On pense notamment à Ross McElwee dans Chroniques américaines qui a utilisé ses heures de rush amateur pour monter un film autobiographique le mettant en scène lui et son entourage.

Pourquoi ne pas recréer non plus des scènes tournées sur Hi8 et de n'utiliser que cette technique, à la manière d'un « foundfootage » ? L'aspect émotionnel aurait peut-être été plus percutant. À cause de ces nombreux défauts, il est difficile de complètement s'immerger dans son univers. 
Pierre Esnault

La danse de Sama
Au bruit des clochettes (Chabdame Zariab) - Catégorie Courts métrages français
 
Saman se tient debout dans le noir, silencieux. Vêtu d’une tenue de danse orientale, il attend le bon moment pour se lancer. On entend la musique de la pièce d’à côté, c’est là qu'aura lieu le spectacle.
 
Puis il lève le voile, sur son identité, sur l’intrigue. Saman est un homme.
 
Il se lance alors dans l’arène, la musique est plus forte, et les couleurs font rages. La caméra semble irrémédiablement attirée par le danseur et ne s’en détache pas, tandis que lui guette l’approbation de son maître. Les hommes venus regarder le spectacle ne cessent de lancer de l’argent en direction de Saman. Pourtant  leurs vêtements sont simples, les couleurs beiges, les matières, tout contraste avec l’opulence de la situation. Maquillé, coloré, Saman est le symbole de cette extravagante tradition afghane.
 
À chaque danse la caméra suit Saman, et traduit l’augmentation de son désespoir. Les plans sont moins précis, le bruit des clochettes est moins net. Ce n’est plus seulement la danse qui est filmée, mais la douleur du danseur, sa folie.
 
Pendant le jour, les couleurs vives sont absentes du décor. Le temps est à l’apprentissage. Bijane qui vient d’être kidnappé, doit être formé pour prendre la relève. Saman doit se charger de cet apprentissage, mais hésite. Il finit par lui enseigner la danse mais ne lui léguera pas la lourde tâche de divertir les amis de son maître.
 
« Au bruit des clochettes, pars ». Le spectateur est alors touché, par l’apparente générosité de l’ainé qui semble vouloir sauver son élève. Mais cette dernière danse se transforme en un sacrifice maladroitement orchestré. Ce qui fait la puissance de cette scène, la sueur de l’acteur, la musique qui accélère, l’image qui se trouble,  est malencontreusement affaibli par l’inutile blessure que s’inflige Saman.
Cendrine Riveneau
 












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