Quand les caf'-conc' montent le son...


Rédigé par - Angers, le Mardi 24 Novembre 2015 à 18:45


On a trop écrit et l'on s'est trop désolé du manque de lieux de diffusion musicale sur Angers pour ne pas constater un réel renouveau en la matière, depuis 2 ou 3 ans. Une dynamique qui s'appuie essentiellement sur les bars et cafés-concerts de la ville, en prise avec la diversité des musiques actuelles. Et participe de fait à la (re)naissance d'un écosystème. Petit tour d'horizon d'une nouvelle réalité angevine, à l'heure où le festival Cultures Bar-Bars, du jeudi 26 au dimanche 29 novembre, fera plus que jamais honneur au spectacle vivant...



Durant le festival "Autour de Levitation", le projet ATX6 avait été présenté au Joker's Pub.
Durant le festival "Autour de Levitation", le projet ATX6 avait été présenté au Joker's Pub.
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Angers, "Athènes de l'Ouest" ou "Belle endormie" ? Derrière les périphrases et les formules toutes faites, il y a la réalité, et cette réflexion qui revient comme une antienne à l'heure d'évaluer le dynamisme de la vie musicale à Angers : "C'était mieux avant !"

A l'échelle des musiques actuelles, les années 90 marquent, au niveau local, un âge d'or pour le territoire, gonflé par les décibels envoyés par les Thugs, puis dopé par la réputation d'une salle naissante, devenue vite incontournable : Le Chabada.
Les premiers ont raccroché ; la salle du Doyenné existe elle toujours, qui charrie depuis maintenant 10 ans son flot de critiques, justifiées ou non. L'une d'elles accuse notamment l'Adrama, l'association qui gère les lieux depuis son origine -et dont la convention a été renouvelée il y a quelques mois- de vampiriser l'attention, et les subventions qui vont avec.

Hors Chabada, point de salut ? Ce serait trop simple pour expliquer le ronron constaté par tous, dans les années 2000. "Les problèmes liés au bruit et la législation n'ont pas aidé au développement des cafés-concerts", explique ainsi Jean-Yves, le patron du Joker's Pub. L'établissement rue Saint-Laud a ouvert ses portes il y a un peu plus de 18 mois et symbolise, avec le Bar du Quai et le T'es Rock Coco -les deux autres établissements qui ont une licence de spectacles- le renouveau des caf'-conc' sur Angers.
Mais doit-on exactement parler de renouveau ? "Non, c'est juste nouveau", tranche Christophe Davy, alias Doudou, l'ancien producteur des Thugs et patron de Radical Productions. "La coexistence de trois cafés-concerts et de nombreux bars qui programment des groupes n'a simplement jamais existé à Angers. Dans les années 80 et 90, il y a eu Le Bar Belge, puis le Mescalibur et le Rockmania, dans la Doutre, mais ils n'ont pas existé à la même période. Et ce qui se passe aujourd'hui dans le centre, qui relève d'initiatives privées, n'a rien à voir avec les concerts organisés les décennies précédentes par des assos dans les maisons de quartier du Lac de Maine (Demasis), de La Roseraie (Jean-Vilar, le berceau des... Thugs) ou de Montplaisir", appuie Doudou.
"Cette coexistence de trois cafés-concerts et de nombreux bars qui programment des groupes n'a simplement jamais existé à Angers" - Doudou, Radical Productions

On parle donc bien là d'une dynamique récente et inédite en territoire de musique angevin. "Lorsque qu'avec Vincent Salvat, nous avons repris le T'es Rock Coco, nous étions quasiment les seuls à faire 3 concerts par semaine", se souvient Arthur. Eux deux ont relancé l'activité de cette institution de la rue Beaurepaire, créée par Thierry Lépicier en 2006. Et sont "contents d'avoir participé à cette nouvelle dynamique", même s'ils "ont bien ressenti dans notre (leur) fréquentation l'arrivée du Joker's et du Bar du Quai." Plutôt que de s'en plaindre, Vincent et Arthur ont même décidé de faire vivre d'une autre manière la musique live sur Angers, en installant pour l'été La guinguette du Héron Carré, à l'entrée du parc Balzac, avec un franc succès.

Les Bœufs Blues ont fait la réputation du T'es Rock Coco, dans la Doutre, et permis à de nombreux groupes angevins de faire leurs premières armes.
Les Bœufs Blues ont fait la réputation du T'es Rock Coco, dans la Doutre, et permis à de nombreux groupes angevins de faire leurs premières armes.
Une expérience qui valide un constat : celui que le public existe et répond présent quand on le sollicite. A tel point "que l'on arrive à faire venir du monde, voire à remplir la salle sans support angevin à l'affiche", se réjouit Jocelyn du Bouëtiez, le programmateur du Joker's.
C'est l'autre constat que l'on peut faire : longtemps et logiquement étiquetée "rock", Angers accueille désormais, notamment au travers de ses lieux de diffusion à petite jauge, un large panel de musiques actuelles. Et sous des formes différentes. "Ici, je développe mon intention artistique sous forme de partenariat avec d'autres structures. C'est plus ou moins l'équivalent des Cartes blanches du Chabada", explique Bertrand Lamé, le gérant du Bar du Quai"Je suis plus dans une logique festivalière". L'électro y a depuis trouvé ses aises depuis un moment, mais toutes les esthétiques ont voix au chapitre.

Car comme le montrera une nouvelle fois la 14e édition du festival Cultures Bar-Bars (voir ci-dessous), la musique live n'est pas que l'apanage des institutions culturels ou des cafés-concerts agréés, mais l'affaire d'un nombre toujours plus grand d'établissements. La preuve ? Au mois d'octobre 2015, 70 dates musiques actuelles étaient programmées sur la seule ville d'Angers du Colisée, au Wallaby's, en passant par l'Etincelle, Le Challenge, l'O'Jacaré ou bien d'autres. Les inconditionnels du métal savent qu'ils trouveront le son qui leur convient du côté du Café latin, les amateurs de reggae surveillent avec attentions la prog' de l'Entrepôt café.
"Ton premier soutien, c'est ta ville. Mais pour que les gens te soutiennent il faut qu'il te voie. Et pour te voir, il faut des lieux..." - Germain Kpakpou

Bref des kilos de son sont déversés depuis 2 ou 3 ans dans la ville. C'est bon pour le public, mais qu'en pensent les musiciens du cru ? La scène angevine, dont un nouveau leadership peine à s'affirmer, n'y voit elle pas une opportunité réelle d'exploser ? "Ça change tout", confirme Jérémy Mondolfo, l'ancien membre du groupe Léonie, aujourd'hui batteur de la plupart des groupes réunis au sein du label Wild Valley"Depuis 2 ans, on joue beaucoup plus à Angers et c'est important, car c'est un très bon exercice de jouer devant les siens, des gens qui n'auront aucun scrupule vis-à-vis de ce que tu produis. En plus, c'est indispensable pour se créer une base fan."
Le son de cloche est le même chez Germain Kpakpou, bassiste de Daria et gérant du label YLLW : "Ton premier soutien, c'est ta ville. Mais pour que les gens te soutiennent il faut qu'il te voie. Et pour te voir, il faut des lieux..." CQFD. "C'est une histoire de bonnes coïncidences qui montre qu'il y avait matière pour le faire, pour peu qu'il y ait de la conciliation. En plus, ce sont d'autres emplacements, d'autres visions du concert..."
 
Par rapport au Chabada"Oui, il y a une vraie complémentarité", soufflent plusieurs acteurs du landernau musical. "Enfin !" commente le codirecteur du Chabada, François Delaunay. "Ça nous enlève un peu de pression : la musique a besoin d'autres circuits que celui des Smac" (Scènes de musiques actuelles NDLR), complète-t-il, expliquant que cette "vraie petite dynamique est un peu anachronique. Elle arrive au moment où, à Nantes et Rennes notamment, c'est plus dur pour les caf' conc'."
Plutôt emballé devant la multiplication de ces lieux de diffusion "petite jauge", le patron du Chab l'est-il autant par ce que tous les témoins rencontrés appellent de leurs vœux, à savoir un club de 300 places en centre-ville, style... club du Chabada ? "C'est le dernier maillon manquant de la chaîne", commente Doudou. "Il faut l'équivalent d'un Ferrailleur à Angers" (salle de concert de Nantes NDLR).
"Il y a de la place pour tous dans une agglo de 250 000 habitants", conclut François Delaunay. Finalement, ce serait mieux après ?

Le temps des Bar-Bars

Initié à Nantes à la fin des années 90 pour fédérer les cafés-concerts et leur permettre d’encaisser la réglementation liée à leur activité, le collectif Cultures Bar-Bars s’est imposé peu à peu dans le paysage de la musique live, avec un festival éponyme, dont ce sera, du jeudi 26 au samedi 28 novembre, la 14e édition.
En plus des Boissons Rouges à Segré, ils sont 8 bars angevins à participer cette année à l’événement : Joker’s Pub, T’es Rock Coco, Bar du Quai, Dublin’s, Wallaby’s Australian Pub, Welsh Pub, James Joyce et Colisée Bar bowling proposeront ainsi une trentaine de concerts tout au long de ces trois jours.

Le Festival Culture Bar-Bars est considéré aujourd’hui comme le deuxième plus gros événement live après la Fête de la Musique. Non content de défendre les petits lieux de diffusion, le collectif a aussi suscité des initiatives fondamentales pour les caf’conc’ : de 2012 à 2014, un dispositif « Café-Cultures » a été expérimenté dans la région des Pays de la Loire, une sorte de fonds d’aide à l’emploi artistique direct. « C’est fondamental », assure Jocelyn du Bouetiez, le programmateur du Joker’s Pub. « C’est un dispositif qui permet de mieux rémunérer les artistes et de sécuriser leur paiement. De nombreuses dates, dans les programmations des caf’conc’, s’adossent à cela ».
En clair, les artistes sont mieux payés et/ou acceptent de venir jouer dans des lieux où ils ne seraient jamais venus au premier abord. Rien de mieux pour faire naître ou entretenir une dynamique… Et depuis le mois de juin, le dispositif Café-Cultures a été étendu à l’ensemble de la France, sous la forme d’un Groupement d’intérêt public (GIP).

Le programme complet :

angers__2_.pdf angers (2).pdf  (1.07 Mo)





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