"Résistance naturelle" : Jonathan Nossiter en vain et contre tout


Rédigé par Cyrille GUERIN - Angers, le Mercredi 18 Juin 2014 à 07:52


En salles ce mercredi, "Résistance naturelle" voit le retour de l'acclamé réalisateur de "Mondovino". Où l'on découvre un Nossiter adouci, le séant entre deux chaises idéologiques, qui parfois s'embourbe dans le simplisme et l'anti gratos et limite réac'. Et qui se raccroche comme il peut à la grappe de raisin. Entre résignation et envie de révolte.



Jonathan Nossiter a parlé de son film avec quelques vignerons du cru, à quelques pas seulement du 400 Coups où était présenté son "Résistance naturelle". Photo FB
Jonathan Nossiter a parlé de son film avec quelques vignerons du cru, à quelques pas seulement du 400 Coups où était présenté son "Résistance naturelle". Photo FB
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"Je ne veux plus être contre le système, j'essaie d'être dans le positif à présent" ; "Je ne suis pas un révolutionnaire" ; "Il faut se méfier : les paysans peuvent être très dangereux". Ces trois phrases sont tirées de "Résistance naturelle", de sortie ce mercredi dans 60 salles en France dont les 400 Coups à Angers.

Trois extraits, donc, qui, placés aux deux extrémités du film, synthétisent à eux seuls les paradoxes, parfois gênants, dans lesquels se love le sixième film du cinéaste de sang-mêlé. "Je suis Brésilien et Américain. Mon appartenance est pluriforme", lance un Nossiter affable attablé à la terrasse du Cercle rouge à Angers. C'était il il y a quelques jours à l'occasion d'une avant-première au 400 Coups.

Le moteur de son nouveau film ? "Avec "Mondovino", j'ai voulu faire faire un film de guerre, "Résistance naturelle" est un film d'amour". Car, voyez-vous, Nossiter est devenu papa entre les deux longs-métrages. Alors, oui, au diable la révolution et ces gamineries type NTM ("Qu'est-ce qu'on attend pour foutre le feu ?"). Aujourd'hui, il n'est qu'amour, délicatesse et poésie : "Celle-ci est un acte de résistance".

Un yoyo idéologique lassant

Malgré l'hégémonie hémorragique de l'AOC standardisé que déplore à raison et à l'envi papa Nossiter "sans le dénoncer, juste en en pointant les dangers", il tient donc à "rester optimiste". Ce qui ne l'empêche pas d'affirmer, dans une logique du yoyo qui irrigue (trop) son film, que notre monde "est crépusculaire, on assiste à la fin de celui-ci, ça ne peut plus tenir".

Une bonne partie de "Résistance naturelle" repose ainsi sur un verbiage, un peu maladroit par les temps qui courent, d'une Europe dictatoriale et nocive. Relevé pendant la projection, l'argument définitif suivant : "Le clonage des vignes exigé par l'AOC est comparable à la sélection naturelle".

Ça ne vous rappelle rien ? Quand on demande à Nossiter les raisons d'un tel rapprochement, qu'on lui fait remarquer qu'il est pour le moins douteux, il se montre d'un coup ulceré : "C'est à une extermination (de vignerons) sur le long terme qu'on assiste", avant de lâcher à ses commensaux buvant ses paroles : "On est quand même bien là, à boire un coup sous un beau soleil". Si Nossiter n'est plus qu'amour et paix, il continue de se débattre toutefois avec pugnacité dans un marécage de systématismes multirediffusés.

Tirer des leçons du passé

Ainsi, lors de ce quatrième passage aux 400 Coups la semaine dernière, Nossiter, revenu de Rome mais pas complètement de tout, ce que "Résistance naturelle" laisse parfois à penser, embraye direct avec une diatrybe envers le cinéma ricain : depuis Reagan, ce dernier aurait tout englouti sur son passage, obligeant les foules à obéir à une norme. Et les Coen, les James Gray, les P.T. Anderson, les Fincher, lui oppose-t-on ? On attend encore sa réponse.

Mais pour Nossiter, la messe est dite. Pris qu'il est dans le piège de certaines certitudes qu'ont bien du mal à contrecarrer quelques subtilités : i["On fait du vin [traditionnel] pour regarder vers l'avenir"]i, avance ainsi un vigneron dans une séquence de "Résistance Naturelle". Idem lorsque Farinelli, directeur de la Cinémathèque de Bologne déclare qu'"on a besoin du passé pour éviter d'en reproduire les erreurs". Et c'est bien dans cette tension permanente entre rassemblement et division, progressisme et réactitude manifestée par ce "politiquement correct qui me casse les c..." que se complait "Résistance naturelle".

D'où cette question qui nous hante : où veut en venir Nossiter ? Où se situe-t-il ? Dans le trip-je-ne-suis-qu'amour ou un fatalisme avançant masqué ? C'est peut-être dans la guerre de tranchées que se livrent les divers courants de gauche actuellement que l'on peut trouver une esquisse de réponse.

Faire confiance à la raison humaine

Ainsi, tel Edgar Morin, Nossiter s'inscrit dans une pensée très en vogue redoutant un revival années 30, dont on connaît la suite. Joseph Macé-Scaron, lui, parle de "situation bancale". Quant à Julien Suaudeau , via "Dawa" son premier roman, il voit tous les signaux d'une radicalisation de lutte des classes pré-1789. Sur les étals fournis d'une gauche de la gauche aux abois, ne sachant plus trop où placer le curseur, il n'y a que l'embarras du choix, des avis et des différends.

A la quasi-fin de "Résistance naturelle", qui reflète à sa manière ces multiples points de divergence, il y a cette phrase anodine mais lourde de sous-entendus : "Parfois, il est inutile de parler". Effectivement et à l'instar de "Politis" parions donc sur l'espoir en "faisant taire les sceptiques qui nous répètent que les querelles de chapelle sont aussi immuables que le Massif Central".

Taillons avec fermeté cette société du "militantisme conversationnel" dénoncé par la politologue Virginie Martin où "l'on ne passe jamais à l'action, où on reste bloqué au stade de l'émotion". Et trinquons à la santé de l'historien Zeev Sternhell qui, dans "les Inrocks", déclare que "la grande leçon des Lumières françaises, c'est que la raison humaine est toujours l'instrument le plus fiable pour rendre le monde meilleur". Ne mettons plus de l'eau dans notre vin abdiquant : un meilleur sort nous attend si nous le voulons bien.
















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