Romain Laurendeau (prix Camille Lepage) : « Ce qui me pousse, c’est la curiosité »


Rédigé par - Angers, le Vendredi 4 Septembre 2015 à 07:51


Grâce aux ventes du livre "République centrafricaine : On est ensemble" (CDP Editions), consacré au dernier travail de Camille Lepage, photojournaliste angevine assassinée en mai 2014, l’association « Camille Lepage – On est ensemble » a pu créer le prix Camille Lepage, décerné pour la première fois jeudi dans le cadre du festival Visa pour l’image, à Perpignan. Une récompense de 8 000 € qui devrait permettre à son lauréat, Romain Laurendeau, de poursuivre dès l’automne prochain son immersion dans la jeunesse algérienne. Interview.



Un des clichés de la série réalisée à Bab El Oued, à Alger, à la fin de l'année dernière. Crédit Photo : Romain Laurendeau/Hans Lucas.
Un des clichés de la série réalisée à Bab El Oued, à Alger, à la fin de l'année dernière. Crédit Photo : Romain Laurendeau/Hans Lucas.
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Comment êtes-vous venu à la photographie ?
 
« J’ai un parcours un peu particulier : je me suis initié à la photographie pendant mes études supérieures en physique-chimie, puis j’ai fait une école de photo en 2000 (l’école technique privée de photographie et de multimédia de Toulouse, où il réside NDLR), et réalisée plusieurs séries de reportages, mais j’ai eu longtemps des jobs alimentaires à côté. Je n’ai franchi le pas et décidé de vivre de la photo qu’il y a 4 ans. Je suis en quelque sorte un vieux (40 ans seulement…) jeune photographe ! »
 
Qu’est-ce qui vous a décidé justement à franchir le pas ?
 
« J’ai eu une longue maladie qui s’appelle kératocône, qui déforme progressivement les cornées et empêche de voir normalement. Pendant des années, et sans que je veuille bien avouer que j’étais malade, ma vue a été parasitée : je n’étais pas à l’aise, devenant même photophobe. J’ai finalement subi une transplantation cornéenne en 2009. La longue période de convalescence a été comme une renaissance pour moi. Je me suis dit : « On m’a fait un cadeau, je n’ai pas d’excuse pour ne pas vivre ma passion à fond ». Depuis, je me consacre à la photographie à 100 %. Mes thèmes aussi ont changé : jusqu’à cette opération, je réalisais des séries souvent introspectives. Après la convalescence, j’ai décidé de voyager et de raconter le monde et les autres. »
 
Comment choisissez-vous vos sujets de reportages photos ?
 
« Ce qui me pousse, c’est la curiosité. Le médium photo me permet de rencontrer des gens que je n’aurais jamais rencontrés sans cela. Ensuite, les sujets, ce sont des rencontres. En 2011, je me suis rendu à Nice, pour suivre les manifestants anti-G20, un monde que je ne connaissais absolument pas. C’est là que j’ai appris à aimer l’immersion au sein d’une communauté. J’ai fait une série de photos et y ai rencontré un Sénégalais, qui m’a parlé des problèmes rencontrés dans son pays. Je suis donc allé au Sénégal, où j’ai fait la connaissance d’un Algérien, qui m’a offert une autre idée de sujet, en Algérie… Toutes ces rencontres attisent ma curiosité, je trouve ça intéressant de se laisser surprendre par les gens. »

"Je suis en quête de vérité, et je trouve que c’est plus facile en dehors de la France, dont je connais les codes. Lorsque vous partez à l’étranger, vous vous retrouvez parfois dans des situations où vous ne pouvez pas tricher" - Romain Laurendeau

Que cherchez-vous à montrer au travers de vos reportages ?
 
« Disons que je me sens un peu perdu dans le monde actuel… Je suis en quête de vérité, et je trouve que c’est plus facile en dehors de la France, dont je connais les codes. Lorsque vous partez à l’étranger, vous vous retrouvez parfois dans des situations où vous ne pouvez pas tricher ! Dans chacun de mes reportages, j’essaie de montrer l’image des lieux et des gens tels qu’ils sont, sans morale, ni parti pris. Simplement en restant longtemps et en m’immergeant. Finalement, j’essaie de comprendre le rapport au monde. »
 
Le prix Camille Lepage du festival Visa pour l’image va vous permettre de poursuivre votre travail sur la jeunesse algérienne. Comment est-il né ?
 
« En fin d’année dernière, je suis resté trois mois en immersion dans le quartier populaire d’Alger, Bab El Oued. J’y ai d’abord suivi deux rappeurs puis j’ai étendu ma narration en me laissant porter ou surprendre par ce que j’y ai vu. C’est ce travail, composé de photos évidentes -prises lors des premiers jours où il y a beaucoup de matière photographique- mais également des photos prises sur le vif ou de certaines où il a fallu plus de temps pour gagner la confiance des locaux, que j’ai présenté au concours. Il se trouve qu’elles parlent beaucoup de la jeunesse. »
 
Comment souhaitez-vous prolonger ce travail ?
 
« J’aimerais que cette série dans Bab El Oued soit le premier opus d’un grand thème sur la jeunesse algérienne. Je retourne là-bas (en Algérie NDLR) au mois d’octobre pour réaliser un travail notamment autour du foot –qui prend une ampleur incroyable, avec une symbolique jeunesse évidente, mais également un côté identitaire très fort- et des dikis de la société algérienne, ces lieux cachés où palpite la jeunesse algérienne, au sein d’une société qui reste très conservatrice. »

Romain Laurendeau, lauréat du premier prix Camille Lepage, au Festival Visa pour l'image de Perpignan.
Romain Laurendeau, lauréat du premier prix Camille Lepage, au Festival Visa pour l'image de Perpignan.
Vous travaillez seul. Comment procédez-vous concrètement pour réaliser vos reportages ?
 
« Je pars seul, mais en fait je ne le suis jamais : il y a une relation de confiance qui s’établit avec mes différents interlocuteurs, qui deviennent souvent des amis et me se portent garants pour moi auprès des leurs. 
Reste que j’ai beaucoup de mal à faire mes photos en interviewant les gens. Alors j’ai trouvé ma petite technique… je réunis les personnes photographiées lors d’une soirée autour d’un pizza où je leur montre les photos et leur demande de les commenter ou de me raconter leur histoire. Sur mon séjour à Bab El Oued, j’ai ainsi 6 heures de bandes ! »
 
Vous considérez-vous comme un photographe ? Un journaliste ? Un photojournaliste ?
 
« Je suis photographe, pas journaliste. Je me suis d’ailleurs toujours interrogé sur ma photographie : ce goût pour la photo est fondamental dans mon travail. C’est d’ailleurs pour ça que j’accorde une grande importance au matériel que j’utilise : il va influencer ma façon de prendre des photos, mon rapport aux gens. 90 % des photos que j’ai faites à Bab El Oued l’ont été avec un Fuji X100, qui se rapproche de l’esprit Leica : une optique fixe, pas de bruit au déclenchement, ce qui me permet de me faire oublier et de ne pas casser des scènes…
 
Comment considérez-vous l'obtention de ce premier prix Camille Lepage ?
 
« J’ai gagné pas mal de prix ces dernières années, tout se passe plutôt pas mal pour moi, même si, dans l’idéal, j’aimerai trouver un équilibre entre mon travail perso et un travail de commandes. Reste que c’est la première édition de ce prix, alors je suis très flatté d’avoir été choisi, qui plus est sur quelque chose à faire plutôt que sur ce qui a déjà été fait : c’est une très belle marque de confiance. »

Retrouvez le travail de Romain Laurendeau sur son site.

Une première édition présidée par Maryvonne Lepage...
Présidente du jury* du prix Camille Lepage, sa maman Mayrvonne aborde cette première édition -le prix est assuré sur trois ans et pourrait être prolongé par l'apport de partenaires- avec une réelle émotion : "Je suis arrivée lundi à Perpignan où j'ai retrouvé beaucoup d'ami(e)s de Camille. Aujourd'hui, je me sens particulièrement tendue. C'est impressionnant de voir ce projet aboutir alors qu'on n'y croyait pas trop il y a un an. Je ressens beaucoup d'effervescence, et aussi un peu de solitude par rapport à Camille."

Reste que Maryvonne Lepage se réjouit de pouvoir récompenser le travail de Romain Laurendeau, parmi la cinquantaine de candidatures reçues : "Son projet plonge au cœur même de la jeunesse algérienne, une jeunesse pleine d'envies, de projets mais qui est brimée par le contexte politique et religieux. Ce sont de de très belles photos, avec un bel éditing en noir et blanc. Dans son engagement, il est proche de la démarche de Camille, il travaille en indépendant et s'intéresse des gens dont on parle peu".

*Le jury, présidé par  Maryvonne Lepage, est composé de Barbara Clément (Elle), Magali Jauffret (L’Humanité), Catherine Lalanne (Pèlerin Magazine), Dan Torres (Jeune Afrique), et Lorenzo Virgili. Le prix est remis ce soir à Perpignan.
 




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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