Roselyne Bienvenu : "Je suis une compétitrice, mais je déteste perdre"


Rédigé par - Angers, le 25/06/2016 - 08:00 / modifié le 25/06/2016 - 11:21


Adjointe aux sports à la Ville d'Angers et 1re vice-présidente de la Communauté urbaine en charge de la coopération entre les territoires, Roselyne Bienvenu a fait le choix d'entrer à 100 % en politique, après notamment une carrière comme directrice du Centre d'information sur le droit des femmes (CIDFF). Sport, intercommunalité, sexisme et politique : le spectre est large pour cette rencontre...



Roselyne Bienvenu est Adjointe aux sports à la Ville d'Angers et 1re vice-présidente de la Communauté urbaine en charge de la coopération entre les territoires.
Roselyne Bienvenu est Adjointe aux sports à la Ville d'Angers et 1re vice-présidente de la Communauté urbaine en charge de la coopération entre les territoires.
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Que vous inspire, pour commencer, la saison d’Angers SCO ?
 
Roselyne Bienvenu : « C’est surréaliste. Ça n’était imaginable par personne. Je ne suis même pas persuadée que l’on mesure à sa juste valeur le caractère exceptionnel de cette saison. Il faut que le temps fasse son œuvre, qu’on vive d’autres saisons, pour qu’on se rende compte de cela. Pour moi, le fait le plus marquant, c’est la victoire 2-0 à Lyon, lors du dernier match de l’histoire au stade Gerland. »
 
Plusieurs annonces importantes ont eu lieu il y a quelques semaines à l’endroit du SCO : elles concernent notamment la rénovation, aux frais de la Ville, de la tribune Colombier, mais également le bail longue durée qui suivra, déléguant à Angers SCO la gestion du stade Jean-Bouin. Les discussions avec Saïd Chabane ont-elles été faciles ? On le dit dur en affaires…
 
(longue réflexion) « Les discussions sont engagées, comme dans un match. Il y a de la bienveillance, mais pas de sympathie –au sens littéral du terme- ; elles sont loyales, sans confusion des genres. Ensuite, chaque personnalité transpire à travers l’exercice de responsabilité… Saïd Chabane est un personnage exigeant, perfectionniste, mais je le suis aussi : je suis une compétitrice mais je déteste perdre.
La discussion a été entamée dès mai 2015, avec des rendez-vous réguliers, 5 puis 3, puis 1 scénarii envisagés. La décision entérinée est élaborée en tenant compte du fait que le bien public, c’est le bien commun, et que le stade Jean-Bouin appartient aux Angevins. »
 
On peut tout de même avoir l’impression d’une subvention déguisée à Angers SCO ?
 
« C’est un investissement lourd, oui. Mais on concède au club, par le bail de longue durée, la possibilité d’investir dans un équipement et donc de mettre de l’argent privé dans le patrimoine public. Et si l’on veut que cela reste un équipement public, il faut poser la première pierre. Cette première pierre à l’édifice, c’est la tribune du Colombier, la plus populaire au sens économique, mais celle aussi, symboliquement, qui reste la butte. Poser cet acte-là, c’est dire aux Angevins que la Ville veut un stade de centre-ville digne de ce nom. »
A propos d'Angers SCO : "Les discussions sont engagées, comme dans un match. Il y a de la bienveillance, mais pas de sympathie –au sens littéral du terme- ; elles sont loyales, sans confusion des genres" 

Le poids du football et la personnalité de Saïd Chabane ne risquent-elles pas, à court ou moyen terme, d’étouffer le sport professionnel sur Angers ?
 
« C’est plutôt hyperstimulant ! Le foot est hyperpuissant, c’est une réalité. Il permet le rayonnement, révèle la ville au niveau de la France et de l’Europe. Lors des réunions que j’organise avec les disciplines de haut niveau, il y a eu quelquefois soit la tentation de se comparer au SCO, soit de vouloir exiger les mêmes choses que le foot. L’une et l’autre des attitudes me semblent être risquées. Et s’il y a un risque, c’est celui-ci. Il y a la place pour les 6 disciplines de haut niveau à Angers, à la condition que le projet des clubs oit rayonnant, en ne répétant pas les mêmes choses d’année en année, mais en cherchant toujours à révéler quelque chose de singulier et de différent. Aller chercher les  38 000 étudiants de la ville, thématiser les rencontres…"
 
La ville a-t-elle vocation, dans le contexte économique actuel, à financer le sport professionnel ?
 
« Pour partie oui, pour partie non. Le sport de haut niveau doit être rattaché au sport amateur. Le haut niveau ne tombe pas du ciel : tous ses sportifs ont tous pris, à un moment ou un autre, une licence dans un club amateur, avec ses dirigeant bénévoles, des parents, des éducateurs ! Il faut le réaffirmer. Je milite pour qu’il y ait du Made in Angers dans le sport. Il faut que des jeunes de la formation locale assurent la relève et performent dans leur club. C’est une condition pour que l’on puisse, nous, faire un choix politique et financier de maintenir une enveloppe de 4,4 M€ pour le haut niveau lorsque l’on met 2 M€ pour le sport amateur. »

Parlons sport amateur, justement, quelle est l’ambition d’Angers Sport 2020 ?
 
« C’est un référentiel commun, élaboré par le biais des états généraux du sport. Il ne s’agit ni d’une injonction, ni d’une obligation, mais c’est un choix politique, validé par l’ensemble de l’équipe municipale. Ca génère, au sein des clubs, une relecture ou une élaboration des projets, à l’éclairage d’un plan d’action politique souple. Ils subliment ou amplifient leur projet, en s’apercevant par exemple qu’ils pourraient y ajouter un volet santé, une filière d’excellence ou une section féminine ou masculine… De la même manière, les 280 agents de la Ville et cadres s’en saisissent aussi. »
 
Au sein de ce document, vous parlez du développement d’événements innovants ? Des exemples ?
 
« Ça peut être des pratiques sportifs que l’on n’a jamais accompagnées. Mais nous sommes aussi en réflexion, en regardant ce qui se fait ailleurs, pour développer la thématique du sport santé, dans la ville, les parcs et jardins… ce serait sans doute un étonnement à Angers, mais au début, car je pense que la ville s’y prête vraiment bien.
L’autre axe que je souhaite développer, c’est le sport en entreprises, notamment pour nourrir le bénévolat. Ce que je souhaite, c’est créer un pool d’entreprises, qui soient pionnières pour mettre au sein de leur entreprises, soit de la pratique sportive, soit des équipements. Le but, c’est que les gens soient bien au travail. La ville d’Angers pourrait en être le premier laboratoire. »
A propos des opérations de renouvellement urbain à Belle-Beille et Monplaisir : "L’équipement sportif est vraiment une des pièces maîtresses du projet, dans chacun de ces deux quartiers. Il s’agira, dans les deux cas, de compléter ou rénover un équipement existant et en créer un supplémentaire" 

Quelle place a le sport, et notamment les équipements sportifs, dans les opérations de renouvellement urbain en cours à Belle-Beille et Monplaisir ?
 
« L’équipement sportif est vraiment une des pièces maîtresses du projet, dans chacun de ces deux quartiers. Il s’agira, dans les deux cas, de compléter ou rénover un équipement existant et en créer un supplémentaire.
Pour Belle-Beille, ce sera une nouvelle piscine –sans doute pas dans ce mandat, mais elle est inscrite- assez classique, mais aussi adaptée à des publics qui n’y viennent pas forcément. On va également revisiter la salle Jacques-Millot et optimiser le auvent ; et de l’autre côté, on va faire des halles couvertes assez rudimentaires pour répondre à des besoins de sports émergents et pour lesquels on n’a pas de créneaux horaires suffisants.
Pour Monplaisir, c’est une reconstruction totale d’une salle multisports, nous n’avons pas encore tranché où, mais je serai assez favorable de tout casser et de tout reconstruire pour rompre avec l’image présente. On aura sans doute une salle de boxe adjacente et puis on va intégrer dans le projet un grand mur d’escalade avec différents modules. C’est intéressant en terme d’attractivité car on couvre peu cette activité-là, mais également pour les enfants, dans le cadre des Temps d’activités périscolaires (TAP). »
 
Question équipement, toujours, mais avec votre casquette de première vice-présidente de la Communauté urbaine, chargée de la coopération entre les territoires. Où en êtes-vous aujourd’hui de la réflexion liée à l’intégration ou non des équipements culturels et sportifs « d’intérêt communautaire » ?
 
« Sur les équipements existants, je n’ai pas de réponse pour le moment. La loi ne dit pas ce qu’est l’intérêt communautaire, il va falloir qu’on le définisse en partant des différents équipements. Ensuite, on verra ce qu’on y fait et comment il fonctionne. On va décider du format, des coûts de fonctionnement, de la programmation artistique ou sportive… Pour les équipements à venir, ça semble assez simple. En revanche, pour les équipements existants, ce qui est du passé, c’est plus compliqué et il y a débat : il y a eu des efforts consentis par des équipes municipales, mais pas par l’ensemble des élus de la communauté urbaine. Si au 31 août 2017, on n’a pas tranché, tout bascule à la Communauté urbaine, légalement.
Mon avis, c’est de dire que quand on a posé l’acte politique de vivre en communauté, il faut agir en communauté. C’est à dire solidairement, mutualiser les choses, coopérer, faire en sorte que la richesse d’une commune soit partagée. La construction de la patinoire pourrait par exemple être une expérience intéressante de ce point de vue »

"Le sexisme, je le laisse passer, mais pas plus de 3 fois. La 4e, ça clashe"
"Le sexisme, je le laisse passer, mais pas plus de 3 fois. La 4e, ça clashe"
Parce que la Ville n’a pas les moyens de la financer seule ?
 
« Sur le financement, nous allons trouver des solutions. Non, c’est plus sur la gestion et l’utilisation, ensuite. »
 
Pour aller au bout de cette idée, la culture et le sport doivent-elles devenir des compétences communautaires, comme l’agglo de Saumur en a fait le choix ?
 
« C’est trop tôt. Elles doivent être des compétences partagées, pas intégrées. Chaque commune doit garder une activité et une animation de proximité. Basculer tout en communauté urbaine siphonne d’une certaine manière le projet municipal. En revanche, je pense que sur des ambitions éducatives, touristiques, économiques ou écologiques, ça ne peut pas se faire chacun dans son coin.
Etre égalitaire, ça n’est pas gommer les différences, c’est les révéler."
 
C’est un discours qui est largement partagé au sein de l’assemblée communautaire ?
 
« Il faut le construire. Mais la chance qu’on a, c’est qu’en 2014, 2/3 des élus ont changé. Ce sont des nouveaux élus. On a changé le logiciel politique de la communauté urbaine. Sauf quelques-uns, les plus anciens, mais qui se retrouvent minoritaires : donc ce n’est plus leur manière de travailler qui va être retenue. »

Vous pensez à certains en particulier ?
 
« Marc (Goua, député maire PS de Trélazé, NDLR) et Marc (Laffineur, député-maire LR d’Avrillé, NDLR), qui m’entourent quand je pilote ces réunions.  Ce sont des personnalités qui ont l’expérience, la sagesse et qui devraient nous apporter de la matière pour faire en sorte que nos projets communs puissent être plus puissants. Mais ils ont un problème : ils disent "le collectif" mais jouent souvent perso, ils ont réussi comme ça. Mais ça n’est pas une critique…
 
Comment avez-vous réagi à l’affaire Denis Beaupin ?
 
« Je pense que ça existe partout mais que la loi du silence est la plus puissante sur ce sujet-là. Avec la loi de la culture, qui a fait son œuvre. Ce phénomène de sexisme, qui peut être ordinaire, il est partout. Et quand je dis ça, moi-même je peux être tolérante là-dessus, parce qu’on ne peut pas être sans cesse à réagir à ça, c’est impossible, d’abord parce que c’est fatigant et qu’on finit par être une emmerdeuse. Alors je choisis les moments. Je laisse passer, pas plus de trois fois. La 4e, ça clashe.
Le sexisme ordinaire, c’est culturel. Un continuum qui repose sur l’éducation qu’on donne à un garçon ou à une fille, sur les représentations que l’on a du rôle du garçon et de rôle de la fille. Et je vais plus loin : c’est aussi la relation de séduction d’un garçon à une fille. Et donc le comportement des garçons et des filles par rapport à ça peut déraper, en considérant que c’est de la séduction normale et qu’un garçon doit faire ça pour être un vrai mâle et que si une fille veut être une vraie femelle, elle doit accepter ça."
"Le sexisme ordinaire, c’est culturel. Un continuum qui repose sur l’éducation qu’on donne à un garçon ou à une fille, sur les représentations que l’on a du rôle du garçon et de rôle de la fille"

Est-ce que la majorité à laquelle vous appartenez aux conseils municipal et régional est machiste ?
 
« Oui. Parce que la parole de la femme n’est pas écoutée de la même manière, et qu’elle ne prendra pas la parole de la même manière. C’est aux femmes de se mobiliser, de se former, de s’entraider, et d’arrêter de commencer leur discours public en disant : « J’ai pas l’habitude de prendre la parole en public… » Mais puisque c’est culturel et pas naturel, c’est une chance, car ça n’est pas perdu : la marge de progrès pour les femmes est énorme, alors qu’elle est très restreinte pour les hommes. Donc je suis hyper confiante dans l’avenir.
 
Vous sentez-vous bien au sein de la majorité municipale ?
 
« Je suis respectueuse des idées et de la différence. Je ne cherche pas à convaincre les autres, mais les autres ne me convaincront pas non plus par rapport à mes convictions et mes valeurs. L’ouverture d’esprit permet d’appréhender ce qui ferait différence. Il y a des limites et si des choses me semblent très loin de ce que je pense, je le verbalise.
 
C’est déjà arrivé au sein de cette majorité municipale ?
 
« Oui. Sur des sujets liés à l’égalité, par exemple. L'égalité, c’est une délégation que j’ai mais que je n’ai pas encore exploitée car je voulais laisser un sas de décantation entre ma mission de directrice du Centre d'information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) et ma fonction d'élue. Mais je vais maintenant m’en occuper. L’égalité est un sujet d’expert : il y a des positionnements sincères et véritables au sein de la majorité, mais qui sont élaborés avec une réflexion qui mérite d’être enrichie. Quand je vais avancer sur ce sujet pour la collectivité, j’apporterai des éléments objectifs de réflexion à chacun pour créer un rapport d’étonnement."
 
En rejoignant les Républicains à la veille de la dernière élection régionale, vous avez perdue votre "carte" société civile. Ne regrettez-vous pas aujourd'hui ce choix ?
 
C'est un passage à l’acte que j’ai fait après 8 ans de réflexion. Mais je comprends mes concitoyens qui, à près de 75 %, ne vont plus aux urnes, à cause de l’embolisation politique, qui est la résultante du fonctionnement des partis politiques. Aujourd’hui, je n’y vois plus trop clair, à vrai dire."
Sur son engagement chez Les Républicains : "J’ai reçu énormément de messages de déception et c’est sans doute cela qui m’embête le plus. Mais si on veut aller au bout dans la démarche politique, ça passe par les partis politiques" 

Pourquoi dès lors avoir fait ce choix ?
 
« Aujourd’hui, si vous voulez prendre des responsabilités, la puissance des partis politiques est incontournable. Il faut donc s’y rattacher, c’est comme ça. J'ai fait le choix de consacrer mon dernier tiers de vie à la chose politique et publique. C’est le choix majeur. Je me donne donc les moyens de la faire. Ma carte aux Républicains ne m’empêche absolument pas de continuer comme avant. J’ai reçu énormément de messages de déception et c’est sans doute cela qui m’embête le plus. Mais si on veut aller au bout dans la démarche politique, ça passe par les partis politiques."

Bio Express
Née le 16 septembre 1961, à Angers.

- juin 1983 : DESS (Master 2) droit privé, à l'Université Angers.
- 24 mai 1986 : élection au Comité de Basketball du Maine-et-Loire ; Présidente depuis juin 1997.
- septembre 1987 à août 2014 : directrice/juriste au Centre d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF du Maine-et-Loire).
- depuis 26 juin 2004 : élue à la Fédération Française de Basketball.
- mai 2008 : conseillère municipale d'opposition ; depuis mars 2014, adjointe au Maire d'Angers, 1ère Vice-Présidente d'Angers Loire Métropole.
- 1986, 1988, 1889, 1991 : mariage puis naissance de ses enfants, Grégoire, Charles et Mathilde.




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