Séance critique : "Cessez le feu" d'Emmanuel Courcol


Rédigé par Florence VASCA - Angers, le Samedi 29 Avril 2017 à 11:50


Dans Séance critique, deux fois par mois, Florence Vasca nous fait partager son regard sur un film à l'affiche. Ce samedi, gros plan sur "Cessez le feu" le premier long-métrage d'Emmanuel Courcol. Un film tourné en partie en Maine-et-Loire d'où le cinéaste, par ailleurs scénariste de "Welcome", a grandi.



Céline Salette et Romain Duris (Copyright Alberto Bocosgil / Polaris Film Production).
Céline Salette et Romain Duris (Copyright Alberto Bocosgil / Polaris Film Production).
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Au lendemain de la première guerre mondiale, le capitaine Georges Laffont part en  Afrique de l'Ouest pour y mener une vie d'aventurier. Suite à la mort de son ami tirailleur sénégalais, il rentre en France quatre ans plus tard. Il y retrouve sa mère et son frère, invalide de guerre après avoir perdu l'usage de la parole.

Ancien élève du Conservatoire d'Angers, le scénariste Emmanuel Courcol aborde la guerre 14-18 sous l'angle du traumatisme psychique Si le cinéma français a déjà traité le thème des gueules cassées ("La chambre des officiers"), en revanche peu de films ont parlé des blessures invisibles que sont celles de l'âme. Le premier plan-séquence de l'unique scène de bataille est d'un réalisme cru et saisissant. Elle propulse le spectateur dans l'enfer d'une tranchée au milieu de  soldats décimés par l'artillerie des deux camps.

A l'époque où le soutien psychologique était inexistant, les symptômes du stress post-traumatique étaient en revanche nombreux. Marcel est enfermé dans le mutisme pendant que son frère Georges souffre de TOC; emmurés l'un et l'autre dans une souffrance indicible.

"Romain Duris réussit une nouvelles fois à nous surprendre en incarnant avec quelque chose d'aristocratique un personnage solitaire et tourmenté."

Le titre de « Cessez-le-feu » exprime bien l'état d'esprit de ces  hommes aux souvenirs sensoriels intactes qui portaient en eux le poids de la guerre. Hantés par l'horreur des tranchées, une partie d'eux-mêmes est morte avec leurs camarades. Outre la culpabilité d'avoir survécu, ils doivent affronter l'incompréhension de leur entourage et la difficulté de retrouver leur place. En ce début des années-folles, on  devine à travers une scène de liesse que l'exil n'a pas chassé les fantômes de Georges; tandis que le personnage plus solaire d'Hélène n'aspire qu'à reprendre une vie normale.

Emmanuel Courcol décrit des champs de bataille dans un paysage de désolation  à l'heure des fouilles nécessaires à la reconstruction du pays; tout comme à  Georges qui y participe. Il dépeint les rites initiatiques  d'une Afrique coloniale avec un même souci de la lumière que lorsqu'il filme les jolis paysages des bords de Loire.

Romain Duris réussit une nouvelles fois à nous surprendre en incarnant avec quelque chose d'aristocratique un personnage solitaire et tourmenté. L'ex-comédien de la  Comédie Française Grégory Gadebois est impressionnant de sobriété dans un corps imposant.

« Cessez-le-feu » est un drame sur l'Après-guerre à la fois romanesque et sensible. A l'heure de la commémoration du centenaire du « Chemin des Dames », il reste malheureusement un sujet  intemporel et universel compte tenu des conflits actuels.

A Angers, le film est à l'affiche des 400 Coups.















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