Séance critique : "Demolition" de Jean-Marc Vallée


Rédigé par Florence VASCA - Angers, le Samedi 16 Avril 2016 à 08:11


Dans Séance critique, deux fois par mois, Florence Vasca nous fait partager son regard sur un film à l'affiche. Aujourd'hui, "Demolition", la dernière réalisation du canadien Jean-Marc Vallée ("Dallas Buyers Club", "Wild"...) qui narre la lente reconstruction d'un golden-boy face à l'épreuve du deuil de sa femme



Séance critique : "Demolition" de Jean-Marc Vallée
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Davis Mitchell (Jake Gyllenhaal) travaille pour son beau-père comme banquier d'affaires au sein d'un prospère fonds d'investissement new-yorkais. Sa femme Julia perd brutalement la vie lors d'un accident de voiture dont il sort indemne. Incapable de ressentir le moindre chagrin,  son comportement inapproprié va peu à peu lui faire perdre pied.

Après « Wild », le réalisateur québécois aborde une nouvelle fois le thème du deuil sous un angle différent. Cette fois, on assiste au burn-out émotionnel d'un golden boy  à qui à priori tout a réussi. Jean-Marc Vallée nous dépeint la lente désintégration physique et psychique de son personnage en usant de métaphores. Les scènes où ce dernier dissèque de façon compulsive son électro-ménager renvoie à la quête de son propre fonctionnement intérieur, étant devenu étranger à lui-même.

Dans l'étape suivante de démolition, (entamée à la masse et s'achevant au bulldozer) la tension émotionnelle du héros va crescendo au fil de séquences de dévastation; illustrant ainsi sa volonté de faire table rase du passé.
"Un drame intimiste plein de force et d'énergie, jamais plombant et en définitive plutôt optimiste"


L'intérêt du film se trouve notamment dans l'analyse du processus de deuil échappant à toute convenance,  jamais linéaire et passant par des phases de sidération, de déni ou de violence.
« Démolition » dénonce par ailleurs la vacuité d'une vie exclusivement matérielle à l'image de cette luxueuse maison, hi-tech, glaciale, comme désincarnée. La rencontre de Davis Mitchell avec le personnage de Karen (Naomi Watts) et de son fils va peu à peu le rendre plus sensible au monde qui l'entoure, le reliant à la vraie vie. Les scènes intimistes de leur complicité naissante sont pleines de justesse.

Le cinéaste utilise des images fugitives du passé de Davis Mitchell à la manière de flashs qui interfèrent dans sa mémoire comme le manège ou la cours de récréation de son enfance. Ce qui l'amènera à  sauver un vieux carrousel de la destruction et ainsi à garder intact l'amour de sa femme.

Jake Gyllenhaal, de toutes les scènes nous offre une interprétation sur le fil à la fois sobre et intense ; à noter dans le rôle du jeune Chris la révélation de Judah Lewis,qui crève l'écran.


Jean-Marc Vallée nous délivre un drame intimiste plein de force et d'énergie, jamais plombant et en définitive plutôt optimiste. Car après la « démolition » vient toujours l'heure de la reconstruction.



"Demolition" est à l'affiche du cinéma Les 400 Coups.












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