Séance critique : "Le ciel attendra"


Rédigé par Florence VASCA - Angers, le Samedi 15 Octobre 2016 à 09:00


Dans Séance critique, deux fois par mois, Florence Vasca nous fait partager son regard sur un film à l'affiche. Aujourd'hui : "Le ciel attendra" de Marie-Castille Mention-Schaar ou l'itinéraire croisé de deux adolescentes victimes de l'endoctrinement djihadiste.



Naomi Amarger joue le rôle de Mélanie, une jeune lycéenne en quête d'absolu.
Naomi Amarger joue le rôle de Mélanie, une jeune lycéenne en quête d'absolu.
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Une adolescente de 17 ans, Sonia est  interpelée chez elle manu militari à la veille de l'attentat qu'elle s'apprête à commettre. De son côté, Mélanie mène une vie de lycéenne ordinaire partagée entre sa pratique du violoncelle et ses  copines. En quête d'absolu, elle tombe amoureuse via les réseaux sociaux d'un jeune homme qui se révèle être un rabatteur pour l'Etat Islamique. Peu à peu, la jeune fille se métamorphose jusqu'à la radicalisation.

Après «Les héritiers» qui traitait déjà de l'adolescence en milieu scolaire, la réalisatrice. s'empare d'un sujet brûlant, l'embrigadement djihadiste. Tourné dans l'urgence peu de temps après les attentats du 13 Novembre, le film décortique les mécanismes de l'endoctrinement. A travers la trajectoire croisée des deux aspirantes au Djihad,. on assiste à la lente déprogrammation de l'une pendant que l'autre chemine inversement vers l'extrême.

« Le ciel attendra » décrit fort bien la contamination mentale de ces adolescentes exaltées  à la recherche d'un idéal. Elles deviennent  alors des proies faciles pour des recruteurs chevronnés  qui après avoir cerné leur profil psychologique par un discours sur mesure les font se sentir des êtres uniques.
 
En décrivant le parcours de jeunes filles mineures non musulmanes, la réalisatrice choisit un angle qui n'est pas pour autant représentatif du phénomène.
La vision de Mélanie jouant du violoncelle en niqab est glaçante au même titre que celle de Sonia prisonnière d'une quasi-schizophrénie. Car si l'impuissance et le désarroi des parents est une évidence, la souffrance de l'adolescente en perdition est flagrante. Le combat qu'elle mène contre elle-même s'apparente au parcours d'une toxicomane.

A aucun moment, la cinéaste ne porte de jugement mais tente en revanche de comprendre cette nouvelle forme de dérive sectaire en éveillant les consciences. En décrivant le parcours de jeunes filles mineures non musulmanes, la réalisatrice choisit un angle qui n'est pas pour autant représentatif du phénomène. La présence à l'écran de la fondatrice du centre de déradicalisation CPDS, la très médiatisée Doumia Bouzar donne au film des allures de documentaire. Les longues scènes d'entretien avec des parents désemparés servent alors de fil rouge entre les deux histoires.

L'interprétation remarquable des deux jeunes comédiennes leur assure un avenir prometteur dans le septième art. Clotilde Courau quant à elle est bouleversante en maman anéantie par le chagrin. Marie-Castille Mention-Scharr réussit là  un film nécessaire et percutant aux vertus pédagogiques indéniables.

A l'affiche du cinéma Les 400 Coups jusqu'au 18 octobre.














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