Sidy Fassara Diabaté : la mémoire du Mali en images


Rédigé par Yannick Sourisseau - Angers, le Jeudi 14 Avril 2011 à 09:43


L’Afrique, au travers du Festival Cinémas d’Afrique, n’a pas fini de nous donner des leçons de courage, d’humilité et de solidarité, à l’exemple de Sidy Fassaré Diabaté, historien et cinéaste malien, lequel présentait pour la première fois en Europe, son long métrage : « Da Monza, la conquête de Samanyana », ou l’organisation de la société malienne pré-coloniale.



Sidy Fassara Diabaté, officier sac au dos du cinéma
Sidy Fassara Diabaté, officier sac au dos du cinéma
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Sidy Fassara Diabaté est un sage de ceux que l’on aimerait rencontrer plus souvent, le soir au couchant sous un arbre à Bamako. Il parle longuement de son parcours, de l’histoire de son pays, avec une grande simplicité, démontrant qu’il suffit de peu de chose pour rendre les hommes heureux.

Né en 1950 à Bamako au Mali, diplômé de l’Ecole Normale Supérieure de Bamako, Sidy Fassara Diabaté est d’abord enseignant en histoire géographie dans un lycée avant d’être cinéaste. Après avoir effectué une formation au Centre National de Production Cinématographique (CNPC) de Bamako, il réalise son premier court métrage en 1986 : « la veillée de Bolongué ».

Mais c’est sur le terrain que Sidy Fassara Diabaté se forme : « J’ai fait un parcours officier sac au dos, j’ai appris le cinéma sur le tas avec les moyens de mon pays, ceux qui s’offraient à moi ». De stages en stages au Mali, au Burkina Faso voisin, avec l’aide de la coopération française, en 35 mm puis désormais en numérique le réalisateur a réussi à se forger une réputation dans son pays. En 2003, il réalise son premier documentaire : « Le Mali en marche ».

Au Mali, les parcours des réalisateurs cinéma sont semés d’embûche. Le manque de structures de formations et de moyens financiers ne favorisent pas le développement du cinéma et de la culture en général. « Le Mali est un pays pauvre. Les priorités sont ailleurs. Notre pays a été soumis dans les années 80 à l’ajustement structurel, nos gouvernements n’avaient pas le choix. Les salles de cinéma ont été fermées ».

Mais les maliens sont des artistes dans l’âme et visiblement ce n’est pas le manque de moyens qui les arrête. « Le malien à l’art chevillé au corps. Au départ je n’avais pas d’engouement pour le cinéma, mais j’ai vu que c’était un moyen d’expression culturelle par excellence. Mais c’est presque un sacerdoce que de faire du cinéma au Mali », poursuit le réalisateur, lequel travaille pour le cinéma et surtout la télévision. Toutefois cette dernière ne l’aide pas dans la production. « Nous travaillons pour la télévision. Un film n’a aucune chance s’il est réalisé uniquement pour la projection en salle ».

Pour Sidy Fassara Diabaté le cinéma est devenu un métier, une passion qui a conduit le réalisateur vers son premier long métrage, celui qu’il présentait hier soir : « Da Monza, la conquête de Samanyana ». Mais celui-ci lui aura demandé 4 ans de travail pour écrire le scénario, tourner, monter et surtout trouver les financements, même s’il savait, depuis le début, que ce ne serait un projet facile.

Da Monza, la conquête de Samanyana est une fiction, entièrement tourné au Mali dans la région de Ségou où règne, au XIXème siècle un roi bambara très puissant qui se servira du pouvoir des femmes pour asseoir son royaume. « C’est un film historique qui se situe à l’orée de la période coloniale que notre pays a connu ».

C’est la deuxième fois que Sidy Fassara Diabaté venait à Angers. « Je suis venu au début de cinémas d’Afrique il y a 20 ans juste après le révolution malienne, pour présenter le film d’un collègue. Angers, c’est ma seconde ville, l’accueil que nous avons eu en 91 est inoubliable », conclut le réalisateur qui, malgré la différence de température – il faisait 40° lorsqu’il a quitté Bamako - s’est fait des amis en terre Angevine.

Quant à la situation africaine, notamment en Tunisie où il était convaincu, lors d’un récent voyage sur place que « ça devait arriver », il jette un regard d’historien sur ce continent qui selon lui est en train de bouger. « l’Afrique qui s’inscrit désormais dans la mondialisation, avance lentement, mais sûrement ».



Yannick Sourisseau
Yannick Sourisseau
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