Théâtre : Exutoire apocalyptique au Chabada


Rédigé par Julie MILLIET - Angers, le Vendredi 14 Avril 2017 à 16:55


Cette semaine le Chabada se transforme en Cabaret Apocalypse. Jonathan Capdevielle et ses artistes aux multiples facettes prennent le parti de surprendre dans un show surprenant, hors-normes et charmeur, à la manière des cabarets est-allemands de l'entre-deux-guerres. Le spectacle se poursuit encore ce vendredi soir et, pour les retardataires, des places seront en vente ce soir au guichet du Chabada.



Crédit : Jonathan Capdevielle
Crédit : Jonathan Capdevielle
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Dès l’arrivée du spectateur, les cadres sont éclatés. Au regard de la disposition de la salle, on devine que personne ne sera rangé à sa propre place. Nous entrons dans un réel cabaret, scène, tables, verres, effervescence, libre circulation des artistes sur scène comme dans le public et moments sensitifs. 
Quand les portes se ferment, de la fumée, un éclairage tamisé et les parcelles du corps d’un saltimbanque font entrer le silence. Les spectateurs attendent et se questionnent, avec nervosité pour certains, sur ce qu’il va se passer. Puis une Jeanne-d’Arc, des tableaux colorés, des personnages illustrant multiples facettes de la société, des interprétations et costumes parodiques entrent en scène. Mais où sommes-nous ? Que veulent-ils nous raconter ? Bienvenue au Cabaret Apocalypse, inspiré des cabarets est-allemands de l’entre-deux-guerres et mis en scène par Jonathan Capdevielle. L’artiste associé au Quai d’Angers crée un univers  « d’un nouveau mauvais genre » accompagné d’une troupe d’artistes professionnels, amateurs et d’élèves du Centre National de Danse Contemporaine (CNDC).
 
Ce nouveau mauvais genre prend racine en s’inspirant directement des cabarets berlinois de l’époque. Avant la montée d’une violence inédite pendant l’entre-deux-guerres, le cabaret est un refuge, un exutoire, où toutes classes de la société – à la recherche de plaisir et divertissement – s’entremêlent. C’est désordonné et plein de vie que le propos prend place. En club, le temps d’une nuit, c’est l’oubli de soi, les rencontres sensuelles, le dépassement des tabous, barrières et normes sociales. Le côté obscur de chacun peut ressortir dans la fraternité…
"C’est désordonné et plein de vie que le propos prend place. En club, le temps d’une nuit, c’est l’oubli de soi, les rencontres sensuelles, le dépassement des tabous, barrières et normes sociales. Le côté obscur de chacun peut ressortir dans la fraternité"
 
Tout le long du show nous sommes surpris. Un enchaînement de tableaux, joyeux numéros, pluridisciplinaires, quelquefois bizarres et parodiques, prenant une forme à la fois chorégraphique, théâtrale et musicale, ouvrent le cabaret. On en arrive à se demander où est passé le côté apocalyptique. C’est après l’entracte que l’on comprend. Nouveau tournant. Un magicien et son assistante un peu gauche, donnent naissance au monstre du spectacle : un clown expressionniste, illustrateur d’une misère individuelle, de l’outrance, de la haine, de la guerre et l’idéal d’une fraternité universelle. Le spectateur et ses préjugés sont bousculés. Le temps avance et ça continue. Performances issues du monde du cirque, danses lascives, univers hip-hop et acteurs travestis. Le public est pris à parti. Les performeurs sont proches de l’auditoire, osent regarder dans les yeux depuis la scène aux moments intenses, les strip-teaseurs surprennent certaines personnes, hommes comme femmes. Nous passons par tous les stades, parodie brute, parole populaire ou encore critique esthétique de l’actualité.
 
Au Cabaret Apocalypse les sens et émotions s’éveillent doucement. Si l’on se souvient du contexte évoqué, les questions surviennent, le propos et l’atmosphère nous emportent. On retient surtout l’envie d’offrir des artistes et leur bienveillance.












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