Trois Angevins dans la Première guerre mondiale

[Dossier] 14-18 : Mémoire en marche (3/5)


Rédigé par - Angers, le 19/09/2014 - 08:12 / modifié le 20/09/2014 - 09:25


« La mémoire est l’avenir du passé » écrivit Paul Valéry dans ses « Cahiers ». Une citation antérieure à la Première guerre mondiale, mais qui prend maintenant tout son sens, 100 ans après le début d’un conflit qui aura profondément marqué l’intellectuel, comme le reste du monde.
100 ans après, donc, les combattants d’alors se sont éteints, et avec eux les derniers mots et visages d’un conflit total. Que reste-t-il, dès lors, de cette Grande Guerre ? Des objets, des textes et une tradition orale qui font vivre la mémoire d’un autre siècle. Car en Anjou comme ailleurs, la mémoire n’est pas passive, elle est en marche, sous les traits d’un artiste, dans le travail d’un historien, sous le vernis d’une exposition.
C’est cette force vive, qui donne de « l’avenir au passé », qu’Angers Mag vous propose de découvrir dans les pages qui suivent. Une « entrée en guerre » salutaire contre l’oubli.



Auguste Huberdeau, né au Guédéniau, est mort le 4 novembre 1914. AD Maine-et-Loire
Auguste Huberdeau, né au Guédéniau, est mort le 4 novembre 1914. AD Maine-et-Loire
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Près de 90000 Angevins ont été mobilisés durant la Première guerre mondiale. Parmi eux, Auguste Huberdeau, Pierre Delaunay et Marc Leclerc : trois hommes aux parcours, aux sensibilités et aux destins différents. Portraits.

Auguste Huberdeau (1893-1914)

Chaque jour ou presque, de l’entrée en guerre de la France à sa mort, le 4 novembre 1914, près d’Ypres, Auguste Huberdeau, fils de fermiers né au Guédéniau en 1893, écrit une lettre à ses proches. Auguste a 26 ans lorsque la guerre éclate. Au sein du 32e régiment d’infanterie, il décrit d’une écriture simple mais impeccable –loin de l’image de l’agriculteur inculte qui part au combat sans rien comprendre- l’atmosphère du départ puis, très vite, les premiers combats au front et son baptême du feu, le 22 août : « Je vous promets qu’aux deux premiers coups la panique était telle que nous étions presque fous ».

Il ne quittera quasiment plus le front, le ton de ses lettres traduisant sa fatigue « d’avoir été 26 jours sans quitter les avants postes ». Le 26 octobre, lors d’un des affrontements de la « course à la mer », il témoigne : « Ma compagnie a été écrasée par le feu de l’artillerie ennemie, mon fusil a été déchiqueté dans mes mains par des éclats d’obus ». Ce sera l’une des ses dernières lettres.

Autoportrait de Pierre Delaunay. AD Maine-et-Loire.
Autoportrait de Pierre Delaunay. AD Maine-et-Loire.
Auguste Huberdeau, c’est « une histoire courte, mais emblématique », relève Elisabeth Verry, directrice des Archives départementales. « Le type même du soldat de base, comme des milliers d’autres, qui comprend très bien ce qui se passe, le sort qu’on lui réserve, mais qui ne doute jamais un seul instant qu’il doit se battre pour sa famille, pour son pays. »


Pierre Delaunay (1870-1915)

Les Beaux-Arts à Paris, une année passée à Rome… lorsque la guerre éclate, Pierre Delaunay est un peintre déjà reconnu, qui s’engage volontairement dans l’armée, à 45 ans, « par pur patriotisme », explique Elisabeth Verry, qui décrit un peintre « plutôt paysagiste, mais avec un grand talent de portraitiste ».

Prêté par sa famille, on retrouve de lui un autoportrait fait pendant son service militaire en 1891, ainsi que de nombreux dessins de soldats avec les uniformes portés en 1914. Delaunay -un profil et un milieu social totalement différent de celui d’Huberdeau- a également tenu une correspondance avec sa famille.

Un Journal de bord existe, à partir de lettres recopiées par sa famille après sa mort, le 7 juin 1915, lors de la reprise de la ferme de Touvent.


Marc Leclerc (1874-1946)

Le poète patoisant Marc Leclerc. AD Maine-et-Loire
Le poète patoisant Marc Leclerc. AD Maine-et-Loire
Homme de lettres, poète patoisant issu d’un milieu relativement aisé et cultivé, Marc Leclerc est mobilisé en 1914 au 71e régiment d’infanterie territoriale de recrutement angevin, « à l’arrière ».

C’est pour un chef d’œuvre composé sur le front qu’il est principalement connu. Prose poétique écrite à la façon du parlé patoisant, « La Passion de notre frère le poilu » est rédigée au cours de la bataille de Verdun, en 1916 et connaît un grand succès en libraire, après une première diffusion dans L’Echo de Paris.

Traduite en plusieurs langues, « La Passion » sera rééditée à de nombreuses reprises jusqu’en 1947. « Un texte assez cru, avec beaucoup d’ironie, qui est très représentatif de l’état d’esprit des soldats durant la Première guerre mondiale », résume Elisabeth Verry.


Ces trois Angevins font l'objet d'un focus au cœur de l'exposition "1914, l'Anjou, de la paix à la guerre", présentée jusqu'au 27 février 2015 aux Archives départementales de Maine-et-Loire, rue de Frémur à Angers.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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