« La fluidité dans le parcours de soin est une innovation »

DOSSIER SANTÉ : SOIGNONS GROUPÉS #6


Rédigé par - Angers, le 04/04/2017 - 07:45 / modifié le 04/04/2017 - 12:30


Laurence Browaeys est la déléguée territoriale de l’Agence régionale de santé pour le Maine-et-Loire. Elle revient sur les évolutions en cours et à venir des questions de santé.



Laurence Browaeys, déléguée territoriale de l’Agence régionale de santé pour le Maine-et-Loire.
Laurence Browaeys, déléguée territoriale de l’Agence régionale de santé pour le Maine-et-Loire.
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Y’a-t-il aujourd’hui une nécessité de réinventer l’accès aux soins ?
 
"Les attentes de la population évoluent, les questions de santé sont au cœur des préoccupations de chacun d’entre nous. Parallèlement, on a deux choses qui montent en puissance : les nouvelles technologies et la prise en compte de tout ce qui est favorable à la santé. Les gens sont beaucoup plus attentifs à leur nutrition, à leur mode de vie… Et les professionnels de santé s’adaptent à cela, notamment autour de la qualité de l’air, des facteurs allergisants. Tout ça est aidé par les nouvelles technologies, si on les utilise correctement. C’est l’empowerment, la capacité à chacun d’entre nous, dès le plus jeune âge, à se responsabiliser sur cette question de santé."
 
Ces nouveaux comportements induisent de fait une réflexion du système de santé pour y répondre ?
 
"Au niveau des politiques régionales, il s’agit d’insuffler des dynamiques préventives ou environnementales auprès des professionnels de santé, en influant sur leurs formations, mais également auprès des maisons de santé, le fait d’avoir un groupe en face de soi étant plus efficace que d’avoir des professionnels isolés. Aux Hauts de Saint-Aubin, par exemple, des actions spécifiques sont menées sur la prévention, sur le recours au conseiller environnement intérieur. Et ça n’est pas que le sujet du médecin : tous les professionnels ont ainsi un discours cohérent auprès de leur patientèle."
 
Comment appréhendez-vous l’accès aux soins, pour chaque échelon géographique ?
 
"Territoire par territoire. Par le biais des Contrats locaux de santé (CLS), nous définissons des spécificités plus épidémiologiques : des prévalences de cancer sur certains territoires, d’addictologie, de suicide… et les actions préventives vont être ciblées sur cela. On ne peut jamais tout faire en santé : il s’agit de prioriser des actions en fonction des spécificités de chaque territoire et des acteurs qui s’y trouvent. Vous n’allez pas faire la même chose sur un territoire où il y a un CHU que sur un territoire où il n’y a aucun hôpital de proximité."
"Les attentes de la population évoluent, les questions de santé sont au cœur des préoccupations de chacun d’entre nous. Parallèlement, on a deux choses qui montent en puissance : les nouvelles technologies et la prise en compte de tout ce qui est favorable à la santé" 

Que sont exactement ces ces contrats locaux de santé, nés avec la création des ARS en 2010 ?
 
"Au sein de ces CLS, on travaille beaucoup sur le parcours en santé d’une population ciblée, à l’échelle d’un territoire, la relation entre le premier recours et le relais à l’hôpital puis le retour à domicile. C’est cette articulation qui est fondamentale, en plus des thématiques de prévention. Du point de vue formel, c’est une contractualisation entre l’Agence régionale de santé (ARS) et les élus. Nous partons ensemble sur une dynamique de diagnostic, de montage d’actions, puis de suivi."
 
Il semble y avoir justement une prise de conscience des élus vis-à-vis de ces questions de santé ?
 
"Oui, considérable. Elle est liée en partie à la loi NOTRe, et au rapprochement des communes qui a contribué à créer des effets miroir, à ce que les élus se disent : « On ne peut pas être compétents sur tout, mais il faut qu’à l’échelle du territoire la population ait une réponse à tout ». Ça a fait bouger les lignes. Et puis je pense que notre action d’ARS y a aussi contribué, en expliquant que la santé, ça n’était pas que les médecins traitants. Les élus ont fait le lien avec leur politique publique : cette approche globale est fédératrice de tout un tas d’autres politiques liées à l’aménagement du territoire, au social, au médico-sociale. De ce point de vue, le Maine-et-Loire est très avancé."

Quelles sont les grandes innovations naissantes en matière de santé sur le territoire ?
 
"La réflexion autour de la télémédecine est encore balbutiante, mais elle est engagée. Sur plusieurs modes : il y a la télémédecine des consultations, pas forcément avec un médecin généraliste d’ailleurs ; il y a aussi la télémédecine avec l’intervention d’une technologie… une photo prise par un médecin et envoyée à un spécialiste pour qu’il l’analyse. Ce qui nous intéresse, c’est comment la télémédecine peut venir répondre à des problématiques de carences de professionnels de santé sur le territoire. Des carences qui n’ont pas été gommées par le biais des Maisons de santé pluriprofessionnelles, ou par les incitations financières à s’installer sur un territoire fragile."
 
Il y a aussi des questions liées aux objets connectés ?
 
"Oui. Les outils de télésurveillance se développent très vite, avec une réelle problématique : qu’est-ce qui apporte une plus-value en santé et qu’est-ce qui relève du confort ? Ce sujet sera nouveau dans le Plan régional de santé que nous sommes en train de finaliser. Car il y a là un risque de créer une santé à deux niveaux, entre celui qui aura les moyens de se payer l’objet connecté, et celui qui ne les aura pas. Ces dispositifs vont-ils relevé d’un remboursement de l’assurance-maladie ou pas ?"
 
Le projet U+, du CHU, entre-t-il aussi dans le cadre de ces innovations ?
 
"U+ va être la concrétisation de l’évolution de la prise en charge hospitalière. L’évolution majeure, c’est qu’on ne reste plus à l’hôpital, on vous garde le moins de temps possible, et c’est une bonne chose. Ce qui est important, c’est qu’on travaille sur la sécurisation de l’ambulatoire. Il faut que les gens se sentent en sécurité à la fois dans le lien qu’ils gardent avec l’hôpital, dans le lien avec l’assurance–maladie et ses dispositifs spécifiques qui prévoient la prise de relais par un professionnel libéral et puis dans le lien avec l’ensemble des services à domicile. Tout ça fait partie de l’innovation de demain : une harmonie et une fluidité dans le parcours du patient."





Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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